25 avril 2007
Quelques notes sur "le Monde de Narnia"
Merci aux 10 lycéens qui ont répondu ce soir à notre invitation, et avec lesquels on a passé une soirée fort sympathique ! C'était un bon début, de bonne augure pour la suite ! N'hésitez pas à relayer l'information à vos amis pour qu'on soit au moins 15 mercredi prochain ! A savoir aussi, que je suis tout disposé à assurer les transports d'aller et de retour de tout ceux qui seraient empêchés par cette question, et qui me le demanderont...
Comme prévu, je publie ici quelques notes rapides sur Narnia et ouvre les commentaires de cette note à toutes vos questions, réactions, suggestions etc...
A très bientôt !
Abbé Pierre +
La situation de départ du film est celle de l'humanité déchue après le péché originel : des enfants séparés de leurs parents par l'injustice du mal (la guerre). Leur condition : vivre malgré la guerre. Leur espoir : être adoptés par un père protecteur. Ce père ne sera pas un père de la terre comme le Professeur Kurk ou Mlle Mac Ready, mais ce sera Aslan qui conduira les enfants à régner sur Narnia.
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Pour mieux comprendre la correspondance entre cette histoire et la révélation biblique, je conseille la lecture de Gn3, 1-19 : le récit du péché originel.
Dès le début, Edmund vit le prototype du drame de l'homme pécheur :
- Il a la nostalgie de son père (et risque sa vie pour récupérer sa photo).
- Il a des difficultés à obéir et à reconnaître l'autorité de son grand frère.
- Il est tenté par l'orgueil et veut faire les choses "tout seul".
Dans la maison du Professeur, les enfants vivent le malaise de l'exil biblique, comme chassés du jardin d'Eden qu'était la maison familiale. C'est l'état de l'homme sous l'Ancien Testament :
- Il faut obéir à une loi sévère : "Ne pas, Ne pas, Ne JAMAIS"
- La tristesse et la peur de la guerre. Il manque un espoir ? A quoi bon vivre… ?
Mais l'armoire magique est le signe que dans la vie malheureuse de l'homme coupé de Dieu, la vie surnaturelle est à portée de main. Elle est tout proche de nous et peut nous être donnée, à condition qu'on décide d'y croire :![]()
- Pour y croire il faut "se faire petit comme un enfant" (=Lucie), et échapper à ce qui pourrait paraître logique.
- La foi nous fait voir avec notre âme ce que notre corps ne voit pas !
- Lucie, grâce à son jeune âge est pendant toute l'aventure, mieux disposée que les autres à croire, à espérer et à aimer…
- A la fin du film : pas besoin de retourner dans l'armoire pour revoir Narnia car c'est dans la vie de tous les jours que tout cela se passe…
La situation à Narnia, c'est la situation de l'homme sous le règne de la condamnation avant le Christ :![]()
- C'est un hiver qui ne finit pas… Et l'hiver, cela signifie que le monde ne fait que survivre sans vivre vraiment !
- Un hiver sans Noël depuis 100 ans : on attend le sauveur, mais il ne vient pas…
- La nostalgie de l'été (= la nostalgie du vrai bonheur qu'est la communion avec Dieu).
- Un hiver qui est le signe de la domination de la sorcière blanche, symbole du Règne de Satan qui est un règne de condamnation…
Ce qui va détourner du mal "Monsieur Tumnus", c'est l'amitié de Lucie, et la volonté de la sauver. (L'amour sauvera le monde !)
La rencontre d'Edmund et de la Sorcière Blanche ("La Princesse"), c'est l'image de la tentation et du péché :
- La Sorcière qui se fait appeler "princesse" nous rappelle Satan, qui est aussi appelé "ange de Lumière" (=Lucifer), ou encore "prince des ténèbres".

- Au début, Edmund est honnête mais la Sorcière le tente en lui faisant croire qu'elle peut exaucer tous ses désirs (Je veux être plus grand ! Je voudrais… être roi de Narnia ?)
- Edmund ne veut pas lui parler de ses frères et sœurs, car il veut profiter de son privilège en égoïste… Edmund ne peut pas que Peter soit roi, mais qu'il soit son sujet !
- La sorcière lui fait miroiter une grâce qu'elle n'a absolument aucune intention de lui donner : être Roi de Narnia ! ("Vous serez comme des dieux", disait le serpent à Adam) En réalité, elle ne lui offre qu'un petit plaisir, en plus de l'illusion d'être roi : des loukoums ! Donc le fait de trahir et livrer ses frères et sœurs ne lui aura apporté que quelques loukoums… et beaucoup de désillusion. De la même façon, Adam et Eve croient tout recevoir de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, mais il perdent tout.
- Edmund décident donc de mentir à ses frères et sœurs en espérant devenir roi de Narnia. Il n'est pas encore conscient que cette attitude le condamne et fait de son sang la propriété de la sorcière blanche…
- Quand il quittera le barrage des Castors pour rejoindre la sorcière, il sera prêt à livrer ses frères et sœurs pour un simple loukoum !
- Après avoir fait prisonnier Edmund, elle suscitera elle même en lui le remord en disant devant lui à Tumnus : "il t'a dénoncé pour des friandise". C'est souvent le même démon qui tente puis fait souffrir et désespérer par le remord…
- On apprendra ensuite que celui qui se livre au mal appartient à la Sorcière et qu'il est voué à la condamnation. "Tous les traîtres m'appartiennent à vie, dira la Sorcière, leur sang est ma propriété !". La loi exige donc la mort du traître, mais Aslan s'y refusera ! (cf. la justice de la loi ancienne, et la miséricorde dans la loi nouvelle).
La révélation d'une espérance à Narnia (chez les Castors) :
- "Aslan est en chemin !" C'est le vrai roi (le lion de Juda), absent depuis trop longtemps, mais qui est de retour pour reprendre son Royaume à la Sorcière blanche.
- La prophétie : "Lorsque les fils d'Adam seront sur le trône de Ker Paravel, alors le temps des malheurs sera révolu à jamais!" Pour cela, 2 fils d'Adam et 2 filles d'Eve doivent vaincre la Sorcière, et Aslan a réuni une armée pour les aider…
- La vocation de l'homme, c'est donc de régner sur Ker Paravel (de même le chrétien est appelé à participer à la nature divine, et cela se réalise par le baptême qui nous donne la dignité de prêtres, de prophètes et de rois !). Lucie y croit tout de suite, mais les autres non !...
- Problème : Edmund se soustrait à ce plan et va se livrer à la sorcière. Et la sorcière les veut tous, pour les tuer. Désormais, seul Aslan peut sauver Edmund qui a trahi. (L'homme se détourne du projet d'amour de Dieu, et pourtant, Dieu ne désespère pas de l'homme et lui donne le salut…)
L'intervention du Père Noël :
- Le retour du Père Noël, c'est l'image d'un espoir qui renaît dans le salut du monde…
- Les cadeaux du Père Noël sont ici des armes et des instruments (des outils, des moyens) pour aider les fils d'Adam à participer au salut du monde (c'est l'image des sacrements, signes et instruments de la grâce de Dieu qui nous sauvent et nous aident à vivre dans l'amitié de Dieu.)
- A Lucie : Essence de la Pierre de Feu, pour guérir toutes les blessures (le sacrement des malades, l'eucharistie, la confirmation) + un petit glaive (le combat spirituel).
- A Suzanne : Un arc et des flèches + 1 corne de brume pour appeler au secours (la prière)
- A Peter : Une épée (la foi), et un bouclier (le salut, la grâce divine).
Qui est Aslan ?
- Le lion (de Juda...). Image de Dieu qui a un projet d'amour sur l'homme et sur le monde.
- "Quand la magie fut créée, j'étais là" : le créateur du monde, avant l'existence du mal...
- Réside dans la tente, qui évoque la tente de la Rencontre de l'Ancien Testament, devant laquelle on s'agenouille…

- Sa royauté n'enlève rien à la royauté qu'il veut donner aux fils d'Adam. Par exemple, il laisse Peter se battre seul contre les loups (avec l'épée qui lui a été donnée), car il veut aider les hommes à être eux-mêmes vainqueurs. De même, Dieu n'agit pas à la place de l'homme mais laisse l'homme libre de choisir et de participer à son propre salut…
- Son attitude par rapport aux fils d'Adam : il veut qu'ils règnent sur Ker Paravel, et que Narnia soit délivré du pouvoir de la Sorcière. Il préfère s'offrir lui-même en sacrifice plutôt que d'accepter la condamnation en vertu de laquelle le sang d'Edmund appartient à la Sorcière à cause de sa trahison. Aslan est l'image du Dieu miséricordieux qui refuse la condamnation et fait l'impossible pour réconcilier les hommes avec lui.
- Il est celui qui donne sa vie pour les fils d'Adam, mais que Dieu ressuscite pour manifester sa victoire sur la mort. Une fois ressuscité, il a le pouvoir de ressusciter tout ceux qui dormaient dans le séjour des morts.
Les circonstances de la mort d'Aslan sont calquées sur la passion du Christ :
- Alors qu'il est sur le point de se livrer, il dit à Lucie et Suzanne : "Je serai ravi de faire quelques pas en votre compagnie" = cela fait penser à Getsémanie où le Christ sait ce qui va lui arriver et demande à Pierre, Jacques et Jean de veiller avec lui, afin de ne pas entrer en tentation.
- "Il est temps de partir d'ici; je dois continuer seul" = fait penser à "Levez-vous, allons ! Désormais vous pouvez dormir et vous reposer car voici tout proche celui qui me livre !" (Mt26,46)
- Aslan va librement vers la mort : il se livre lui même et ne se défend pas. (Ceci est mon corps, livré pour vous ! dira le Christ. Et encore : "Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne !" Ou encore : "Le bon berger donne sa vie pour ses brebis !")
- Au delà de la proximité avec les récits évangéliques de la passion, on ne peut pas ne pas évoquer également la proximité formelle avec le film de Mel Gibson : "La Passion du Christ"...
- Aslan est humilié et tondu : cela fait penser aux prophéties d'Isaïe sur le Christ, et notamment : "Comme une brebis, on l'a conduit à l'abattoir; comme un agneau muet devant le tondeur, il n'ouvre pas la bouche. A cause de son humiliation, la condamnation a été levée !" (Is53, 7-8)

- "Désespère !" dit la sorcière à Aslan : cela fait penser aux tentations du Christ à Getsémanie. Et ce cri de la sorcière qui lui donne l'illusion de la victoire : "ce n'était qu'un chat et il est mort !" On retrouve le même déchaînement blasphématoire dans la passion du Christ, dans laquelle le fils de Dieu est traité comme le dernier des esclaves…
- Les femmes au tombeau… comme dans l'évangile…
- Les femmes, premiers témoins de l'apparition du Ressuscité …
- Aslan ressuscité se rend chez la sorcière pour redonner la vie aux morts: image de la descente du Christ aux enfers…
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La grâce de la victoire :
- Aslan mort, les bons doivent se battre seuls, et ils sont perdus d'avance ("ils sont plus nombreux et mieux armés que nous!"). C'est l'image de l'humanité sous la loi ancienne…
- Aslan ressuscité, participe à la bataille aux côtés des hommes, et il entraîne avec lui tous les morts auxquels il a redonné la vie. De même, l'Eglise est appuyé dans son combat sur terre de toute l'armée céleste composée des anges et des saints…
- La résurrection d'Aslan et son arrivée dans la bataille met fin immédiatement au combat, et c'est une victoire définitive…
Les arbres : les anges, messagers de Dieu.
Ker Paravel : le ciel nouveau, et la nouvelle terre dont parle les courts chapitres 20, 21 et 22 de l'Apocalypse (dernier livre du Nouveau Testament) qu'on ne manquera pas de relire avec une saveur toute particulière …
D'autres infos sur le site du film : http://www.disney.fr/FilmsDisney/narnia/main_fr.html?cid=...
23:15 Publié dans Aumônerie de 15-20 ans, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Narnia
